Propos recueillis par Philippe Larroque et Enguérand Renault
05/02/2008 | Mise à jour : 22:21
«Pour développer un groupe puissant, il faut que toutes ses activités soient fortes», a affirmé Francis Morel.
LE FIGARO. Vous avez annoncé, mardi, un plan de départs volontaires au sein du quotidien, alors que le groupe est bénéficiaire. Pourquoi ? Quelles sont les modalités du plan ? Ne craignez-vous pas d'altérer la qualité du contenu du journal ? Restez-vous confiant dans l'avenir de la presse quotidienne nationale ? Cette situation économique vous interdit-elle tout nouveau développement ? Francis Morel, directeur général du groupe de presse, a présenté mardi un projet de plan d'économies au sein de sa filiale, la Société de gestion du Figaro, qui édite le quotidien.
Francis MOREL. En 2007, le groupe Le Figaro est tout juste à l'équilibre avec un bénéfice de 1 à 2 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de l'ordre de 620 millions. En revanche, le quotidien accuse une perte de 10 millions. Depuis 2003, son déficit d'exploitation est chaque année du même ordre. Or, pour développer un groupe puissant, il faut que toutes ses activités soient fortes. Nous devons donc ramener le quotidien à l'équilibre d'ici à 2009.
Le projet que nous avons présenté, mardi matin, aux membres du comité d'entreprise porte sur un plan de départs volontaires de 60 à 80 salariés, dont une quarantaine à la rédaction, qui compte 320 journalistes. Les autres départs toucheront les fonctions supports et administratives. Des mesures incitatives liées à l'ancienneté et à l'âge des salariés seront mises en place. Les pôles magazines et les autres activités du groupe ne sont pas concernés. Cette adaptation des effectifs doit nous permettre de réaliser 6 à 7 millions d'euros d'économies par an. Par ailleurs, nous avons déjà entrepris de réduire nos coûts de fonctionnement pour les alléger de 5 à 6 millions.
Nous sommes très attentifs au maintien de l'excellence éditoriale du Figaro, à ses valeurs de qualité et d'exigence. Le quotidien restera clairement le navire amiral de notre groupe média.
Oui, bien entendu. Malgré le temps grandissant passé par les Français devant la télévision et sur Internet et la baisse du nombre de points de vente de la presse, la diffusion de la presse quotidienne nationale (PQN) s'est érodée de 10 % de 2000 à 2007. Celle du Figaro n'a baissé que de 6 %. Mais il faut avoir conscience que la PQN vit encore sur un modèle économique datant des années 1970 et 1980, dans lequel les recettes publicitaires abondantes permettaient d'offrir des produits luxueux à un prix inférieur à leur coût de revient. Aujourd'hui, nous avons conservé les coûts mais pas les recettes. De 2000 à 2007, la PQN a perdu dans son ensemble 240 millions d'euros de budgets publicitaires. Les éditeurs ont dû affronter la concurrence directe de la presse gratuite et d'Internet, qui ont bénéficié des transferts de budgets. Pour la première fois cette année, le Web réalise un chiffre d'affaires publicitaire supérieur à celui de la PQN. Pour Le Figaro, en sept ans, les recettes publicitaires ont reculé de 36 % et le chiffre d'affaires des petites annonces s'est effondré de 93 à 25 millions d'euros, soit un recul de 73 %. Je pense que le marché publicitaire se stabilisera cette année. Mais le temps de l'abondance ne reviendra pas. C'est pourquoi nous devons adapter nos coûts à cet environnement.
Depuis trois ans, notre actionnaire Serge Dassault a soutenu notre plan d'investissement dans l'imprimerie avec le site de Gallargues, dans le sud de la France, qui a coûté 30 millions d'euros, et celui de Tremblay, près de Roissy. Ce dernier doit ouvrir en avril 2009 et représente un investissement de 80 millions d'euros. Avec ces nouveaux moyens, nous disposerons de journaux tout en couleur, dans un format berlinois plus pratique pour le lecteur. C'est un atout de plus pour renforcer la qualité de nos services auprès des lecteurs et des annonceurs. Dans le même esprit, nous développons le portage du journal à domicile, qui représente déjà la moitié des abonnements. En quelques années, le groupe a aussi bâti un pôle nouveaux médias en croissance. Notre portail lefigaro.fr est devenu le deuxième site d'information en France, derrière celui du Monde. Notre filiale de petites annonces Adenclassifieds connaît un fort développement. Enfin, nous avons acquis les sites Evene, Ticketac et pris une participation dans le site marchand Bazarchic. Tout cela fait que nous sommes désormais le sixième groupe médias sur l'Internet en France. Le pôle Web représente déjà 13 % de notre chiffre d'affaires et il est rentable. En 2010, il générera plus de 20 % de notre activité. Nous comptons poursuivre nos développements, mais il est impératif que notre groupe soit capable de s'autofinancer.L'interview de Francis Morel en vidéo
04/02/2008 | Mise à jour : 21:42 |
Le plus bel hommage rendu à Pierre Mauroy au moment où il quitte la présidence de la communauté urbaine de Lille, vient de Belgique. Lundi, le quotidien bruxellois Le Soir s'est demandé si cette communauté du nord de la France, ne pourrait servir d'exemple pour un futur statut de la capitale belge où cohabitent francophones et Flamands.
Président depuis vingt ans de ce qui est devenu «Lille Métropole», l'ancien premier ministre a pu mesurer, lundi soir, au cours d'une grande fête donnée à l'occasion des 40 ans de cette structure, la reconnaissance du public au-delà des clivages politiques et locaux. Car, les maires des 85 communes qui la composent, ont appris à vivre ensemble. «Nous nous sommes développés en unissant nos efforts. Maintenant, il faut aller plus loin et plus haut», dit Mauroy qui, avant de quitter son fauteuil, a mis en place l'Eurométropole, laquelle associera dans des projets communs, Lille Métropole avec les régions belges de Courtrai et de Tournai. Lors de la dernière séance de l'assemblée communautaire, qu'il présidait vendredi, il a fait accepter le projet du «Grand Stade». «C'est le choix de l'ambition», a commenté Pierre Mauroy en réponse à ceux qui, comme les Verts, dénoncent un gaspillage de l'argent public. Et de rappeler les oppositions analogues quand, en 1985, il présenta son projet d'Euralille, ce nouveau quartier où 8 000 emplois ont été créés autour de la gare TGV-Europe.
Fabrice Amedeo
04/02/2008 | Mise à jour : 11:12
Patrick Kron, le PDG d'Alstom, lors du 3e salon européen de l'innovation à Paris en juin dernier.
C'est le train du futur. Alstom doit présenter demain en présence du président Nicolas Sarkozy sa nouvelle génération de TGV. Elle a été baptisée automotrice à grande vitesse (AGV). Elle est le fruit de dix années d'études. La plupart des innovations ont été testées sur la rame V360 qui a battu en avril dernier le record du monde de vitesse (574 km/h). Le principal changement est le passage à la motorisation dite «répartie» : ce ne sont plus les locomotives qui tirent ou poussent les voitures de voyageurs comme sur les TGV actuels. Les rames sont toutes motrices. Ce système offre davantage de place aux passagers puisque les locomotives deviennent des wagons : seule leur extrémité est dévolue au poste de pilotage. Plus puissant, ce système de motorisation permet aux trains d'atteindre 360 km/h en vitesse commerciale. Autres avantages : le passager bénéficie de plus de confort et de plus de silence. Cette quatrième génération de TGV est proposée en plusieurs versions à la sortie des chantiers Alstom de La Rochelle. «Nous avons voulu que notre offre soit flexible et modulable, explique un cadre du groupe. L'AGV est un train européen qui se décline en plusieurs versions en fonction des besoins de nos clients. » Il existe ainsi une version « train régional» qui roulera à 200 km/h et une version TGV qui pourra rouler à 360 km/h. Le train est également proposé en plusieurs versions de 140 à 300 mètres de longueur. Il n'y aura cependant pas de TGV duplex. «La motorisation répartie occupe beaucoup de place sous le premier niveau. Il était impossible de faire un train à deux étages qui puisse passer sous les caténaires», observe un proche du dossier. Les équipements comme les écrans de télévision ou les prises de courant seront également laissés au choix du client. Plus puissant et plus rapide, l'AGV ne sera pas plus polluant que son prédécesseur. Alstom assure qu'à 360 km/h il consommera moins que les premiers TGV qui roulaient à 260 km/h grâce à une meilleure aérodynamique et aux progrès réalisés en motorisation. «À vitesse égale, l'AGV consommera 20% de moins que les TGV actuels. Sa consommation sera donc identique quand il roulera à 360 km/h à celle des trains qui roulent aujourd'hui à 300 km/h», assure un cadre de l'industriel. Un travail important a également été réalisé pour réduire les nuisances sonores. L'AGV produira 90 décibels contre 100 pour le TGV Paris-Marseille et 120 pour un avion au décollage. Ce n'est pas en France mais en Italie que le nouveau train devrait faire ses premiers trajets. Ce sera dès 2009 entre Rome et Naples. Alstom a en effet remporté sa première victoire commerciale avec l'AGV avant même de le dévoiler au grand public. La commande a été signée début janvier pour une trentaine de rames. Elle a été passée par Nuovo Trasporto Viaggiatori (NTV), une société privée de chemin de fer créée par Luca Cordero di Montezemolo, président de Fiat et de Ferrari, et par Diego Della Valle, président de Tod's. Il faudra attendre 2014 pour voir l'AGV rouler en France. La SNCF doit lancer en fin d'année un gigantesque appel d'offres pour le remplacement de son parc de TGV. Ce dernier a vieilli, certaines rames roulant depuis le début des années 1980. Celles-ci devraient être remplacées au rythme de 15 à 20 par an à partir de 2014 et ce jusqu'en 2020. D'après nos informations, ce marché atteindra entre 7 et 9 milliards d'euros. Malgré son optimisme, Alstom qui a perdu l'an dernier le marché des trains d'Ile-de-France face au canadien Bombardier, n'est pas sûr de remporter la mise. La SNCF semble en effet bien décidée à faire jouer la concurrence. Bombardier sera encore là avec son nouveau TGV baptisé Zefiro. Il faudra également compter avec l'allemand Siemens et son Velaro qui roule déjà à 350 km/h en Espagne. Les trois TGV sont équipés de motorisation répartie. Siemens a l'avantage de maîtriser cette technologie depuis dix ans en Allemagne. Ces trois modèles de la dernière génération de TGV pourraient bien coexister un jour sur le réseau français. Avec l'ouverture du marché à la concurrence en 2010, de nouveaux concurrents de la SNCF vont arriver en France avec leur propre matériel roulant. D'autre part, un choix à la Salomon est possible à la SNCF. «Nous n'excluons pas de diviser notre marché en lots, indique un responsable de la SNCF. Nous réfléchissons à la possibilité d'avoir une offre “business” avec des trains Siemens réputés pour leur confort et une offre plus classique à bord des TGV Alstom qui sont plus frustes mais moins chers.» La compétition s'annonce donc rude pour le nouveau joyau d'Alstom.La nouvelle génération baptisée AGV roulera à 360 km/h. Elle pourrait circuler en France dès 2014 et partout dans le monde.
Premier succès en Italie
Guillaume Mollaret
01/02/2008 | Mise à jour : 09:48
Le site de Curbans bénéficie d'un ensoleillement exceptionnel qui a convaincu les investisseurs.
Coincé entre le parc régional du Lubéron et le massif des Écrins, Curbans (Alpes-de-Haute-Provence) est un village de 420 âmes à peine. C'est dans cette petite commune qu'Electrabel France (filiale de Suez) a choisi d'installer ce qui serait à ce jour la plus grande centrale solaire d'Europe. Au sommet verglacé du col de Blaux, à près de 1 000 mètres d'altitude, Daniel Rolland, maire du village promène son 4×4 sur les trois plateaux, au total 300 hectares, qui devraient bientôt accueillir entre 150 000 et 250 000 panneaux solaires pour une puissance installée « de 30 à 50 mégawatts crête (MWc) », l'équivalent d'une vingtaine d'éoliennes. Par comparaison, l'immense centrale en construction dans les environs de Leipzig n'occupera que 220 hectares. « Voyez ici, il n'y a pas la moindre trace d'ombre. Le terrain est exposé plein sud, et le soleil brille du matin au soir. L'élu, agriculteur en retraite, qui termine son quatrième mandat, est fier de son coup. Sûr des qualités d'ensoleillement de son site, c'est lui, avec son équipe municipale, qui est allé chercher des groupes intéressés pour investir sur une commune, qui abrite déjà une centrale électrique EDF sur la rive gauche de la Durance et un barrage hydraulique (lire ci-dessous). C'est même Curbans qui s'est payé le luxe de choisir la filiale de Suez face à deux concurrents également alléchés par l'offre. « Ce n'est pas Suez qui mettait le plus d'argent sur la table, mais nous avons choisi cette entreprise pour les valeurs éthiques qu'elle véhicule », soutient Daniel Rolland. Un investissement encore jamais consenti en France où le marché du photovoltaïque, bien qu'à la traîne par rapport au reste de l'Europe, est en plein essor. Les projets fourmillent et les groupes sont en quête de sites. « C'est une aubaine que la commune soit venue nous chercher car le lieu qui est situé en altitude, loin des regards, ne reçoit pas d'ombre, qui plus est dans la région la plus ensoleillée de France, affirme le responsable technique du projet chez Electrabel, Thierry Robot. Le développement des centrales photovoltaïques est tout neuf. Cela fait à peine plus d'un an que les industriels se sont vraiment lancés dans cette course. La tenue du “Grenelle de l'environnement” n'y est pas étrangère », explique-t-il encore. En France, l'objectif de production d'énergie photovoltaïque s'élève à 150 MWc en 2010. Si le projet de Suez dans les Alpes-de-Haute-Provence voit le jour, il représenterait, à cette date et à lui seul, un tiers de la puissance hexagonale. Une fois opérationnelle, la centrale emploiera une quinzaine de personnes, ce qui permettra au site d'atteindre son seuil de rentabilité vingt ans après que le premier Watt aura été produit et vendu. Un premier Watt qu'Electrabel aimerait commercialiser dès la fin 2009. Une bénédiction pour Curbans, d'autant que les panneaux solaires ne seront pas (ou presque) visibles depuis la vallée. Comme le résume ce chasseur autochtone qui voit le projet d'un bon œil : « Là où elle sera, cette centrale ne dérangera que les sangliers.» À Curbans, en Provence, on ne parle que de cela : la construction, sur 300 hectares, de la plus grande centrale solaire d'Europe.
La France à la traîne
C'est à peine un mois après leur rencontre en novembre dernier, qu'Electrabel et Curbans signent une promesse de bail de trente ans renouvelable deux fois dix ans sous réserve d'une modification du plan local d'urbanisme. Electrabel, qui n'a pas encore obtenu d'autorisation auprès de l'administration française, investira entre « 150 et 250 millions d'euros » sur le site, en fonction de ce qui lui sera permis de réaliser.