Vendredi 04 Avril 2008

Guillaume Evin -  03/04/2008 17:56  - L'Expansion.com

Air France a dit non aux contre-propositions des syndicats italiens et renonce donc à la compagnie transalpine. Mais si le franco-néerlandais peut rebondir, l'italien s'enfonce inexorablement vers le dépôt de bilan.

Air France est-elle pénalisée ?

L’aventure italienne n’était pas vitale pour la compagnie franco-néerlandaise. Pour Air France, « ce n’était pas le coup du siècle, mais cela sonnait comme une belle opportunité de consolidation du secteur » confiait il y a peu à L’Expansion.com Eric Blain, analyste chez TSAF, la société de courtage du groupe Viel. Même son de cloche ou presque chez Bruno La Rochebrochard au sein de Raymond James selon qui « c’est un soulagement à court terme pour les détracteurs de l’opération mais peut-être une déception à moyen terme pour les autres au vu du potentiel de redressement ».

Autrement dit, le n°1 mondial de l’aérien devrait digérer assez vite la déconvenue Alitalia (17ème mondial selon IATA au nombre de passagers embarqués), d’autant plus vite du reste qu’il avait assorti « ses modalités de reprise d’un maximum de clauses suspensives pour prévenir toute déconvenues », précisait Eric Blain. Uwe Weinreich d’Hypovereinsbank ne dit pas autre chose lorsqu’il constate de son côté que le groupe a « agi très professionnellement. Il n’y a pas de conséquences négatives pour la compagnie ».

Résultat ? A Paris, les marchés étaient plutôt dans cette optique. La société de gestion Raymond James soulignait pour sa part que « les détracteurs d’un rapprochement avec Alitalia, largement dominants, seront rassurés, une situation qui devrait permettre au titre de reprendre un peu de hauteur ». Du coup, l’action Air France grimpait de 2,4% jeudi en clôture pour un CAC en repli de 0,5%. En quinze jours, sa valeur boursière a gagné 12%.

Le fait est que le transporteur bi-national a toutes les cartes en main pour rebondir et peut-être même plus tôt qu’on ne croit avec… Alitalia ! C’est là en tout cas le sentiment d’Oddo Securities qui expliquait jeudi dans une note à ses clients que le départ « de M. Spinetta de la table des négociations » était peut-être un moyen « de mettre la pression sur les syndicats » italiens pour plus tard. D'ailleurs, Rome tentait encore jeudi après-midi de renouer le dialogue. Et 8 des 9 syndicats d'Alitalia se déclaraient prêts à reprendre langue avec Air France-KLM.

En attendant, au-delà du dossier transalpin, fortement plombé quoi qu’on en dise, Air France-KLM peut surtout se consoler avec l’entrée en vigueur du fameux accord de "ciel ouvert" entre l’Europe et les Etats-Unis, qui lui ouvre de juteuses perspectives au départ de Londres à destination des grandes villes américaines grâce à son allié Delta Airlines. Autre dossier, et non des moindres, le leader mondial en terme de trafic doit absolument « pousser au rapprochement des compagnies Delta et Northwest, indique à L’Expansion.com Bruno la Rochebrochard de chez Raymond James. Une manière pour lui de renforcer ses positions sur l’Atlantique nord ».

Enfin, Air France peut encore regarder le dossier Iberia, longtemps en concurrence avec celui d’Alitalia. Certes, British Airways semble avoir un temps d’avance sur le groupe espagnol, mais rien n’est encore bouclé, « et on sait que les fusions transnationales demeurent compliquées dans l’aérien, bien qu’elles soient souvent créatrices de valeur comme l’ont prouvé Air France et KLM ou Lufthansa et Swiss » note Bruno La Rochebrochard.

Alitalia est-elle condamnée ?

Vu d’Italie, c’était Air France ou le chaos. La Stampa, le quotidien plutôt libéral du groupe Fiat, titrait en "Une" jeudi : « Air France part, chaos pour Alitalia ». La compagnie semi-publique italienne est de fait dans la nasse. Son action a été suspendue jeudi à Milan. La défection brutale de son seul repreneur-sauveur présumé ne lui laisse guère de perspectives de redressement : le groupe structurellement déficitaire file droit vers le dépôt de bilan, avec à la clé la possible vente de ses actifs par appartements. Actuellement, elle perd environ 2 millions d’euros par jour selon les experts, « de quoi tenir jusqu’en juin mais guère au-delà » de l’avis d’un spécialiste du secteur.

Après l’annonce du départ de son PDG, Maurizio Prato – qui militait pour la solution Air France –, se profile la nomination d’un commissaire extraordinaire à qui reviendra la lourde charge de lancer une énième restructuration ou bien de prononcer la mise en faillite. D’après La Repubblica, le grand quotidien de gauche transalpin, cette hypothèse n’augure rien de bon : « Vente d’actifs ou licenciements, personne ne sait ce que peut faire un commissaire extraordinaire ». Le ministre de l’Economie se veut encore plus direct en rappelant qu’une mise sous tutelle du transporteur national entraînera « une restructuration radicale, bien plus douloureuse qu’une vente à Air France-KLM ».

Pour l’heure, alors que le gouvernement de Romano Prodi impute l'échec des discussions aux syndicats "maison", le seul à se féliciter publiquement de la rupture des négociations n’est autre que… Roberto Maroni, le chef de file de la Ligue du Nord, l’allié très droitier de Silvio Berlusconi!

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/fiasco-air-france-alitalia-et-maintenant_150001.html

publié par Didier COYTTE dans: Ca m'intéresse
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